« 29 août 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 183-184], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4336, page consultée le 25 janvier 2026.
29 août [1841], dimanche matin, 9 h.
Bonjour mon Toto chéri, bonjour mon cher bien-aimé. Je t’aime mon Toto, je t’adore
mon ravissant petit homme. Je ne veux pas que tu sois fâché contre moi. Je n’ai jamais
de tort de cœur envers toi, mon Toto, et pour ceux qui viennent de mon caractère,
ce
n’est pas de ma faute. Je fais bien tout ce que je peux pour le dompter mais je n’en
viens pas à bout, ce n’est pas ma faute. Tout ce que je peux faire de plus efficace,
c’est d’éviter toutes les occasions qui l’excitenta [et ?] c’est pour cela que je voulais renoncer à continuer ces petits
arrangements. Avant tout bien-être et tout plaisir intérieur, je veux que tu m’aimes,
je veux que tu ne craignes pas de venir chez moi. Le reste m’importe peu. Quand je
dis
que cela m’importe peu, entendons-nous, il m’importe beaucoup d’avoir vos petits
dessins et de pouvoir les regarder à tous moments. Aussi je ne fais pas la petite
bouche et j’accepte avec empressement tout ce qui pourra aider à les accrocher sur
mon
mur, depuis les plus beaux cadres de la Renaissance jusqu’aux plus hideux petits
cadrillons de bois vermoulus que vous aurez dans votre grenier. Voilà qui est convenu.
Je viens de faire descendre les cadres des glaces, ils sont atroces comme goût, mais
ils sont dorés. Celui du propriétaire est même tout frais. Je pense qu’on pourra
peut-être encadrer le portrait de mon père1 avec l’un d’eux, ce serait toujours
mieux que ce papier collé qui ne fait pas bien du tout. Il est vrai que cela nous
supprimera un cadre mais nous n’en avons guère besoin puisque nous manquons de
dessins. D’ailleurs tu décideras cela comme toujours. Ce que tu voudras sera ce qu’il
faut. Je le reconnais d’avance, comme je le reconnais pour le passé et le présent.
Et
puis, mon Toto adoré, avant toute chose ton amour. J’ai besoin que tu m’aimes autant
que j’ai besoin de t’aimer, l’un ne va pas sans l’autre.
Comment vont tes yeux
et ta gorge, mon pauvre petit ? Le poivre ne t’a pas fait trop de mal ? Il faut
convenir que je suis bien maladroite. Je t’en demande pardon, mon pauvre amour.
Juliette
1 L’oncle de Juliette, René-Henry Drouet, est hospitalisé aux Invalides, très malade. Il est peut-être question ici d’un portrait de lui qu’il lui a donné (voir la lettre du 7 juillet).
a « excite ».
« 29 août 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 185-186], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4336, page consultée le 25 janvier 2026.
29 août [1841], dimanche matin, 9 h. ¼
Eh ! bien, mon Toto menteur, avez-vous le front de nier encore que vous n’êtes pas
à
Paris depuis hier ? Vous en êtes très capable mais moi je suis aussi très capable
de
vous fiche des coups comme à un vilain blagueur que vous êtes1. Je
voudrais bien savoir quand vous reviendrez, scélérat, car je m’ennuie copieusement
dès
que vous n’êtes plus autour de moi.
Mlle Hureau est venue hier au soir me dire qu’elle
partait pour Troyes vendredi prochain et qu’elle y resterait au moins quinze jours.
Elle m’a dit qu’elle avait retenua
une place conditionnellement dans le cas où je me serais décidée à y envoyer Claire, mais comme nous ne partirons malheureusement
pas avant une quinzaine de jours2, ce ne serait donc
qu’une semaine à peu près qu’elle passerait seule à la pension, ce qui ne vaut pas
la
peine de dépenser quinze francs et de contracter une obligation nouvelle envers Mlle
Hureau3. Du reste, le renvoi de Buessard se confirme de plus en
plus, ainsi nous voilà débarrassés de ce cuistre4. Quant à la CUISTRESSE c’est différent, elle reste
plus que jamais mais avec son correctif l’excellente Mlle Hureau, ce qui est encore
fort tolérable5.
Dites donc vous, à propos, je vous
aime. Quand reviendrez-vous ? Je vous préviens que je suis déjà au bout de mon courage
et ma patience. Dépêchez-vous donc d’arriver bien vite.
Juliette
1 Pendant l’été 1841, les Hugo ont loué à Saint-Prix, dans le Val-d’Oise, un appartement meublé de la mi-juin à la mi-octobre, et le poète y passe du temps de juillet à octobre pour terminer la rédaction du Rhin.
2 Depuis 1834, Hugo et Juliette ont pris l’habitude d’effectuer un voyage de quelques semaines ou mois pendant l’été et le printemps. Elle attend toute l’année ce moment qui est le seul où elle peut vivre « de la vraie vie » seule avec le poète mais malheureusement, en 1841, Hugo est trop occupé par la rédaction monumentale duRhin, et leur voyage annuel n’aura pas lieu, au grand désespoir de Juliette.
3 Claire est pensionnaire d’un établissement de Saint-Mandé depuis 1836 et c’est Hugo qui en assume majoritairement les frais à la place de son véritable père, James Pradier.
4 L’instituteur et sociologue Paul Buessard (1808-18..), auteur de traités d’enseignement, d’un manuel d’instruction élémentaire et de Cours de littérature française biographique et analytique, depuis le Ier siècle de l’ère chrétienne jusqu’à nos jours, suivi d’une Mnémosyne progressive (Paris, 1845). Le Tome I de La Revue de Paris de 1839 parle de lui en termes très élogieux (p. 283). Manifestement, il travaille à ce moment dans la pension de Claire et une amie de Juliette, Mme Besancenot, le tient en haute estime.
5 Un contentieux avec Mme Devilliers a fait craindre à Juliette que sa fille pâtisse.
a « retenue ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
